Le webmaster n’existe pas

La petite histoire d’Internet en France, de 2000 à aujourd’hui

Dans les années 2000

Le début des années 2000 a été un véritable tournant technologique en France. D’un côté, les français ont peu à peu troqué la cabine téléphonique contre un téléphone portable (notamment le Nokia 3310) et un forfait téléphonique, compris entre 20 et 100 euros mensuels. La data de l’époque permettait essentiellement d’aller sur les portails des opérateurs et de télécharger quelques jeux de compléments au célèbre Snake. Ce n’était pas vraiment de l’internet.

D’un autre côté, les français ont connu en l’espace de dix ans une vingtaine de fournisseurs d’accès internet au moins, proposant des offres d’essais sur cd publicitaire et des abonnements bas débits limités dans le temps. Si vous êtes né dans les années 80, vous avez sans doute trouvé plein d’utilisations à cette déferlante de cds. Ça, c’était les années 2000.

A cette époque, les sites internet étaient réalisés en HTML ou avec des logiciels comme Microsoft FrontPage (logiciel qui faisait partie de la suite Office jusqu’à 2003). Les pages persos Free ou Orange étaient presque belles et c’était comme un nouveau monde de liberté d’expression qui devenait accessible à chacun. Il n’y avait presque pas de publicité, presque pas de virus, presque pas de pirates informatiques. C’était le début des années 2000.

Enfin, il y avait peu de sites internet et encore moins de sites professionnels comme ceux d’aujourd’hui. Les médias n’avaient pas effectué leur transition au numérique. Les sites internet marchands étaient peu nombreux. Youtube n’appartenait pas à Google et ne contenait pas de publicité. C’était un autre monde.

Le premier site internet a été créé en 1991. En 2000, il y avait dix millions de sites internet et en 2015, plus d’un milliard ! La croissance d’internet a été fulgurante et c’est pourquoi les secteurs de l’informatique, de la communication et du marketing s’y sont intéressés.

Anciens FAI
Quelques fournisseurs d’accès internet ayant disparu depuis … (le nom Alice est encore utilisé par Free)

Emergence du web 2.0

Au début des années 2000, Internet était encore perçu comme un gadget par une grande partie de l’industrie. C’était l’époque des start-ups et beaucoup de celles-ci se sont d’ailleurs cassées la figure à ce moment là. Il existait principalement un métier, celui de webmaster. Programmation, graphisme, rédaction, référencement, le webmaster était une personne polyvalente et curieuse qui gérait un site internet dans son ensemble, qui s’occupait de tout à la fois.

Et puis le secteur s’est professionnalisé. Des groupes se sont enrichis en créant leurs régies publicitaires, les éditeurs de presse ont effectué leur conversion et le marché s’est consolidé. De nombreux acteurs ont disparu (Lycos, Caramail …), d’autres se sont renforcés (Google, Yahoo, Microsoft …).

Tout à coup, on a cherché à rendre Internet utile et facile à utiliser pour les internautes (ce qui  a créé de nouvelles exigences techniques et graphiques). On a appelé ça le web 2.0. Des sites internet ont montré de nouvelles tendances (Netvibes …). Les blogs ont eu le vent en poupe (Skyblog …), puis les réseaux sociaux ont apparu (Facebook …).

Une explosion des métiers …

Le métier de webmaster avait un sens différent pour chaque entreprise. Parfois il était une personne très technique, située au sein d’un service informatique. Parfois il était une sorte de journaliste, attaché à un pôle rédaction. Déjà, cette profession était mal définie.

A partir du moment où les entreprises sont entrées en jeu sur Internet, les besoins se sont complexifiés et il a fallu trouver des personnes capables d’y répondre.

  • Les langages de programmation sont devenus plus nombreux et ont évolué, on a donc créé des postes de développeurs, de programmeurs, d’architectes de systèmes d’information, d’ergonomes.
  • Les logiciels de graphisme, d’animation et de vidéo ont permis de réaliser des choses beaucoup plus évoluées qu’auparavant. Mais il fallait être capable de les maîtriser. On a donc créé des postes de graphistes, d’infographistes, de designers, de flasheurs, etc.
  • Le contenu sur Internet a été confié à des professionnels, à des personnes avec des compétences spécifiques : rédacteurs web, journalistes, chargés de communication web, etc.
  • De nombreux métiers d’arrière-plan sont apparus, pour s’occuper de la monétisation de sites, du référencement ou encore du marketing.

Le temps où l’on pouvait s’improviser webmaster était définitivement terminé. Des cursus de formation sont apparu, des profils types ont été défini, un peu comme dans les autres métiers. Le webmaster commença à laisser sa place à d’autres. Mais ça, c’était encore dans les années 2000 !

… qui continue aujourd’hui

Cette explosion des métiers répond aux besoins des entreprises, et de ce fait n’a pas fini de s’étendre. Ainsi, au début des années 2000 le référencement était un domaine assez nouveau mais pas insurmontable. Aujourd’hui certains ouvrages sur le sujet font plus de 500 pages et il existe plusieurs types de référencement, avec leurs propres exigences, ce qui tend de plus en plus à créer des métiers bien distincts : référenceur SEO, référenceur SEA, référenceur SMO, chef de projet SEO, chef de projet SEA, etc.

De même, il n’y avait pas de community-manager ou de service après-vente sur Internet (via les réseaux sociaux, les forums, etc). Aujourd’hui, non seulement ces postes existent mais ils pourraient en plus donner lieu à de nouveaux métiers.

Et bien sûr, le web continue d’évoluer. La démocratisation du web mobile, avec la technologie 4G, pousse par exemple à la création de postes spécifiques, dédiés aux usages nomades (smartphones, tablettes).

Du métier de webmaster sont nés plus de cinquante métiers. Plus que jamais, le secteur internet nécessite d’être curieux, de se former et de faire ses propres expériences pour évoluer. 

Webmaster, un terme dépassé

Ce chamboulement en terme d’emploi a pu passer inaperçu auprès des petites entreprises et des associations. Le mot “webmaster” est encore tapé de nombreuses fois sur Google, alors même que Google retire ce mot de ses propres outils (la console Google Webmaster Tools par exemple, qui propose des outils pour sites internet, est devenue Google Search Console il y a peu).

Je me définis pour ma part comme un webmaster freelance car je m’adresse justement à ces publics. Mais en réalité ce mot ne veut plus rien dire, et ce métier n’existe plus. Le webmaster est supposé être gestionnaire d’un site internet, mais qu’est-ce que cela implique exactement ? Une offre d’emploi de webmaster pourra autant désigner un ingénieur informatique qu’un étudiant en école de graphisme. Du coup, ce terme générique ne définit pas réellement mon savoir-être et ce que je peux apporter à mes clients.

Le webmaster est un bouche-trou

Dans un monde où il n’y avait que lui, le webmaster (“web master”, c’est-à-dire “maître du web” ou plus modestement “spécialiste web”) était indispensable. Dans un monde où il y a une cinquantaine de profils qualifiés autour de lui, le webmaster est un bouche-trou. A terme, la personne occupant officiellement un poste de webmaster n’aura d’autre choix que de se trouver un “vrai” métier, plus segmenté et peut-être moins attrayant, mais pour lequel il existe encore des perspectives d’évolutions.

Car il n’est plus possible de tout savoir aujourd’hui. Acquérir des connaissances prend du temps, et le secteur internet évolue bien trop vite pour que l’on puisse se former partout. Un salarié se doit d’apporter de la valeur, les compétences nécessaires pour exercer un métier sont de plus en plus pointues, en communication comme en informatique, et c’est pourquoi les entreprises possèdent aujourd’hui des services dédiés à ça, en plus de prestataires externes pour les conseiller ou les appuyer.

De la même manière qu’une personne vous dira qu’elle est ouvrier, plutôt que de vous dire qu’elle est poseur ou adoucisseur, une autre vous dira qu’elle est webmaster, au lieu de vous dire qu’elle est ergonome ou concepteur de sites internet. Cela afin de vous parler dans une langue que vous comprenez, et non en langage technique. Mais si vous avez besoin un jour de faire appel à un webmaster, vous devrez creuser plus loin et définir précisément vos attentes vis-à-vis de ce prestataire (ou partenaire). Sinon vous risquerez fortement de tomber sur une personne qui n’aura pas les compétences désirées.



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